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Les animaux de Jean-Yves Brélivet sont les sujets d'une histoire suggérée à différents niveaux : couleurs, posture, attributs, que ceux-ci soient des éléments (membres ou objets) en moins ou en plus. Leur chant, leur cri, est le titre qui les accompagne. Celui-ci témoigne de la complexité du travail entrepris par Jean-Yves Brélivet. Il implique l'espèce animale dans ses multiples relations avec l'homme, symboliques, utilitaires, vitales, décoratives, du faire-valoir au porte-parole, une gamme infinie, transhistorique de sentiments et de caractères traduite par autant de clichés - fier comme un coq, doux comme un agneau, sale comme un porc,... et d'expressions : poser un lapin, ne pas se trouver sous les sabots d'un cheval,... L'élaboration des titres joue de toutes ces nuances, et met les croyances immémoriales à l'épreuve d'une ironie qui les désamorce de l'intérieur. Le résultat, Vertige du grand couac, Vache folle cassant ses freins, Dessert à toute heure, Le Chaud et l'effroi, Lapin sauve qui peut... pour n'en citer que quelques-uns, tient plus du rébus que du message explicite En cela, ce modus operandi offre des similitudes avec l'entreprise mallarméenne qui, d'allusions en glissements progressifs, transcende l'anecdote en pure fiction, laissant aux lecteurs « cette joie délicieuse de croire qu'ils créent ».L'art de la transposition repose chez Brélivet sur sa capacité à « sculpter », aussi bien les formes que la langue, processus consistant à déconstruire pour construire son œuvre. Mais le point d'origine est d'emblée une énigme : qui est premier de l'homme ou de l'animal ? Anthropomorphisme du bestiaire ou zoomorphisme de l'espèce humaine ? Prenons pour hypothèse qu'au fil du temps, l'animal est sorti des rôles que lui assignait la réalité pour entrer majoritairement dans l'ère de la représentation et de la métaphore généralisée. Il est, dans l'œuvre de Jean-Yves Brélivet, objet et sujet, apparaissant sous des traits qui oscillent entre réalisme et fantaisie, silencieux, mais, via son titre, porteur d'un message poétique et politique. Quelques mots sur le style Brélivet, reconnaissable entre tous, mélange joyeux de figures proches du dessin animé - lequel, après les fabulistes, a doté l'animal du langage - par les formes volontiers rondes et généreuses et les couleurs vives et scintillantes dues au travail minutieux de la résine et à de multiples couches de peinture.

Catherine Elkar- Directrice du Frac Bretagne. in Cure de Jouvence. Festival Grand Ecart de Saint- Briac, été 2010


Ils sont des nôtres
sculpture en résine peinte