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"Diplômé de l’école des beaux-arts de Rennes en 2008, Pierre Galopin conserve de cette formation un attachement aux techniques enseignées. Dès lors, il envisage sa démarche comme un défi à relever : comment continuer à faire de la peinture aujourd’hui ?
Il décide d’aborder la problématique d’un point de vue technique et travaille scrupuleusement en procédant à des tests, en élaborant une « cuisine de la peinture », pour atteindre son objectif : remplir une surface tout en parvenant à atteindre un effet esthétique.
Privilégiant des châssis aux formats standards (portrait ou paysage), il les travaille toujours au sol selon une logique qu’il s’est imposée. Il recouvre entièrement la toile d’une première couche de vernis à l’huile, puis, dans l’urgence induite par l’alchimie des produits entre eux, d’une seconde couche de vernis à l’eau. Les résultats sont aléatoires, difficiles à anticiper. Une fois la rencontre provoquée, la peinture prend son autonomie en quelques minutes, furtives et déterminantes. Il n’y a pas de place à l’erreur, seulement à l’accident. De la vitalité de l’application s’ensuit celle du résultat, toujours différent d’une toile à une autre. Ici, pas de répétition possible. Il n’est d’ailleurs question de séries qu’à posteriori, au regard de l’ensemble de toute sa production.
Si les associations de vernis relèvent du hasard, si les couleurs sont tout bonnement anecdotiques, le choix de l’accessoire servant à l’application est quant à lui déterminant. L’artiste utilise des outils classiques du commerce (pinceaux, brosses, éponges), tout comme il lui arrive d’en fabriquer sur mesure. Il aime a considérer de nouveaux instruments toujours plus improbables (pulvérisateur, compresseur ...) dans cette logique permanente de pousser plus loin l’expérience, d’éprouver le dispositif et de faire vivre la surface peinte. Son atelier est devenu un véritable laboratoire où tous les essais sont permis afin de cheminer dans une forme de maîtrise de la technique, jamais du résultat.
Ses œuvres ne sont guère bavardes. Leur titre révèle sans ambages de quelle nature elles sont composées : leurs dimensions parfois, la technique ou l’outil utilisé, l’effet chimique obtenu... Ce qui demeure insaisissable est leur surface vibrante et énigmatique qui laisse perplexe. L’artiste prend soin de toujours se tenir à distance en évitant toute gestualité, en excluant la présence éventuelle de forme.
Toute la toile résonne d’une seule voix : jeu de transparence entre les couches de vernis, matité et brillance, all over de divers microreliefs, tous engendrés par une savante combinaison de procédés.
En cultivant volontiers cette économie de moyens, Pierre Galopin atteint ainsi l’essentiel dans le minimum."
Morgane Estève

Né à Cherbourg en 1984
Vit et travaille à Rennes