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YVAN LE BOZEC

C'est tout Y
Exposition personnelle d'Yvan Le Bozec du 15 septembre au 10 novembre 2012

Vue de l'exposition.

Nuit Blanche le samedi 6 octobre:

Installation dans la cour de la Mairie du 2ème arrondissement : Galaxie Youkali
Performance  à la Galerie des petits carreaux : Plus j'pédale moins, moins ça joue plus vite

A portrait full of soul and sanctity of that amiable feline " krazy cat "
Acrylique sur papier
100x100cm
2010
Exposition Jaunes à la Galerie des petits carreaux du 28 juin au 8 septembre 2012
 

LE DESSEIN D'Y.

Ce qui traverse toute l'œuvre d'Yvan Le Bozec, et ce qui sans doute la constitue, c'est l'exploration patiente discrète et légère de ce qu'il est encore possible de réaliser sous l'appellation «art ». Être artiste, dans son cas, c'est alors tenter de constituer l'inventaire des occurrences et des possibles ; c'est décliner les hypothèses disponibles afin d'en vérifier l'éventuelle validité. Et cependant, c'est tout le contraire d'une attitude théorique dans le sens où rien n'existe dans ce contexte qui ne passe par l'expérimentation et la réalisation, fussent les plus modestes voire les plus dérisoires. L'expérience d'art de Le Bozec emprunte assez largement la voie de la peinture et du dessin, accessoirement de la vidéo et de quelques autres outils dont la mise en espace et exceptionnellement, le design. Par ces moyens, et mine de rien, il s'attaque aux grosses questions : celle du médium, et en particulier concernant l'état présent de la peinture, celle de la position de l'artiste par une conception assez personnelle de l'autoportrait, celle aussi du ton, de la tonalité particulière que revêt toute posture quand elle s'avère, au-delà des apparences auxquelles il tient, aussi globale et conséquente.

Extrait du texte de Jean-Marc Huitorel
Ce texte a été publié dans le catalogue SI J'AVAIS SU !, Filigranes Éditions, 2004.
Pour le texte complet cliquer ici...

Lonely Y, 2001
Acrylique sur toile, 200 x 140 cm
Collection Daelim Contemporary Art Museum, Seoul, Korea

http://ddab.org/fr/oeuvres/Le_Bozec

 
Les balbutiements picturaux d’Yvan Le Bozec s’aventurent sur la scène de l’art dès le milieu des années quatre-vingt. Il s’agissait de construire sur le plus creux du creux de la vague, entre les vestiges du conceptualisme pur et dur et un retour à la peinture par des moyens auxquels, manifestement, notre homme ne croyait pas. Il fallut donc à nouveau tout apprendre : l’alphabet (accessoirement celui des sourds et des sténographes), le trait (ou le dessin, mais tout ça c’est un peu la même chose : apprendre à écrire, chez Rabelais, se dit « traire les lettres »). Le b.a.-ba... et aussi apprendre à écrire son nom, au moins le début : Y. Le tout en noir et blanc. La couleur, comme il dit, il l’apprécie chez les autres. Tout, chez lui, provient du déjà-là, non pour asséner la discutable évidence des choses, mais pour avancer patiemment dans la forêt des questions que pose l’exercice de la peinture : le sujet (et le motif), le portrait (auto) et même le paysage, mais plus encore le poids du sujet sur la surface (ici, son incroyable légèreté) et enfin le son, la sonorité du tableau (peintures à dire). L’ensemble des œuvres réunies ici rend parfaitement compte de cet univers où l’humour relève toujours plus du clin d’œil que de la pesante référence.
(de perlimpinpin), 1998, est un dessin mural dont le sujet apparent reprend la définition du terme lui-même (Le Petit Robert), autant dire une non-définition. Plus qu’à Joseph Kosuth ou à Lawrence Weiner, c’est bien à Marcel Duchamp qu’il faut penser (s’il faut penser...). En effet, la poudre de perlimpinpin n’a de vertus que pour ceux qui y croient : c’est donc bien le regardeur qui fait le tableau. De Marcel Duchamp, on a aussi une vague réminiscence du cycliste - Avoir l’apprenti dans le soleil, 1914 - dans le tableau Perpetual Motion Food, 1999, qui doit son titre à Alfred Jarry (Le Surmâle, 1902) et dont le centre est occupé par le report d’une vue de cour d’école de la Sarthe où, dans les années soixante, on voit le petit Yvan Le Bozec photographié par un certain Robert Doisneau qui, avant la gloire, gagnait ainsi sa vie. Les deux bras levés forment déjà le Y et la double mention « J’y étais », « J’y suis », pousse encore un peu plus loin la question du sujet (« C’est moi que je peins », Montaigne) et de ce que peut être une peinture aujourd’hui. Omnia vanitas (ter), 1996, fut d’abord réalisée sous la forme d’un mural et l’on voit à quel point le sujet s’y prête. Perplexes ou la galaxie Youkali, 1995, est peut-être l’une des œuvres les plus représentatives de l’artiste. Tout y est : cette forme si ouverte et précise à la fois du dessin, cette nébuleuse de minuscules Y et, par-dessus tout, la rêverie sur quoi tout cela débouche.

Jean-Marc Huitorel